Devant le silence observé par les assureurs face au Covid-19, j’ai personnellement été interpellé bien que je n’ai plus de responsabilités opérationnelles dans ce secteur depuis déjà quelques années. Il va donc de soi que les opinions que j’émets ici ne peuvent être que personnelles et n’engagent que moi. Elles ont pour but de susciter le débat. La discrétion des compagnies d’assurance peut surprendre, dans un domaine où elles auraient dû être en première ligne : la maladie, la mort, l’accident… bref les risques de la vie, sont au cœur des préoccupations des assureurs et leur Business Model est essentiellement fondé sur l’insécurité sous toutes ses formes.

La planète toute entière subit les affres du Covid-19 depuis décembre dernier. Parti de la lointaine Chine, le COVID-19 s’est propagé progressivement partout dans le monde et le Cameroun n’y échappe pas. Au-delà de la crise sanitaire, c’est bien une crise économique qui se profile à l’horizon. Avec le confinement, la fermeture des frontières et plusieurs autres mesures prises pour endiguer la pandémie, de nombreux secteurs d’activités tournent au ralenti quand elles ne sont tout simplement pas arrêtées. Et des pertes se profilent à l’horizon.

Qu’en est-il du secteur des assurances?

En Afrique, le taux de pénétration de l’assurance reste faible. Au Cameroun avec un chiffre d’affaires de 207 milliards de FCFA, il se situait autour de 0,97% en 2018 selon les chiffres officiels de la Direction Nationale des Assurances. Face à ce faible taux de pénétration de l’assurance, on peut a priori penser que l’impact du COVID-19 dans ce secteur va être insignifiant. Néanmoins, on peut craindre un ralentissement de la croissance du Chiffre d’Affaires dans ce secteur qui connaissait une progression annuelle moyenne de 5% au cours de ces dernières années, et même une légère décrue.

Comment les différentes branches seront impactées?

Un impact différencié

Plusieurs branches pourraient être impactées plus ou moins significativement. Il s’agit entre autres de l’assurance transports, de l’assurance voyage, de l’assurance santé, de l’assurance vie, de l’assurance automobile. La fermeture des frontières à travers le monde a eu pour effet direct la limitation des déplacements aussi bien des personnes que des marchandises. L’assurance transports (13,38% de parts de marché), particulièrement les transports maritimes (près de 10% des parts de marché) risque de connaître une forte baisse si la situation sanitaire ne s’améliore pas. Et de dégrader la rentabilité globale des compagnies compte tenu de la bonne tenue de ce risque (sinistralité de …moins de 1% en transports maritimes !) Il en va de même pour l’assurance voyage. Mais son impact est peu significatif du fait de sa contribution marginale dans le Chiffre d’Affaires. L’automobile (26,7% des parts de marché), risque obligatoire, pourrait ne pas être impacté par le COVID-19 en ce qui concerne le chiffre d’affaires.

Cependant, la limitation des déplacements notamment interurbains, de même la limitation du nombre de personnes transportées par les taxis et mototaxis, pourraient avoir un effet positif sur la sinistralité de ce secteur dont le taux se situait autour de 47,51% en 2018. On pourrait ainsi connaitre une baisse de la sinistralité. Ce qui laisse une fenêtre pour envisager une petite baisse de tarif qui d’ailleurs risque de s’imposer face à la pression des transporteurs confrontés à une forte baisse des revenus du fait des mesures barrières décidées par le Gouvernement.

Le secteur de l’assurance au Cameroun face au Covid-19

L’assurance Santé pourrait elle aussi ne pas être impacté du fait de l’exclusion par les assureurs du risque de pandémie (c’était déjà le cas du SIDA) et la prise en charge totale des soins par l’Etat. Les résultats de cette branche pourraient être bonifiés par l’arrêt forcé des évacuations sanitaires qui constituent une poche de dépenses importantes pour les assureurs. L’assurance vie quant à elle devrait connaître des retards et même des cessations de paiement de primes ainsi que des rachats importants en ce qui concerne les produits d’épargne (41% du Chiffre d’Affaires VIE). La sinistralité ne devrait pas se détériorer parce que le taux de mortalité lié à ce virus est relativement faible dans notre pays, et que les assureurs tardent à se prononcer sur la prise en charge ou non de cette pandémie, généralement exclue des contrats.

Au total, un impact limité mais qui consacre malheureusement, le «confinement» du secteur des assurances dans la marginalité face à une crise aussi grave qui touche tout le corps social. Pourtant, les périodes de détresse et de calamité sont les périodes où les assureurs sous d’autres cieux se réinventent et font preuve de créativité et d’ingéniosité pour adresser les risques et les défis nouveaux. Il est un fait que c’est pendant ces périodes là que les hommes prennent conscience de leur humanité et de leur situation de vulnérabilité et de fragilité et se tournent vers des solutions assurantielles (notamment pour leurs problèmes de maladie et de décès).

Hélas, on n’a pas vu les assureurs beaucoup se bouger en dehors du groupe SUNU qui a fait don appréciable de matériel médical à l’hôpital Laquintinie. C’est pourtant l’intérêt des assureurs de s’investir dans la lutte contre les pandémies pour non seulement montrer et démontrer leur utilité sociale mais aussi limiter leurs conséquences sur leurs exploitations. Ils ont également manqué l’occasion de dorer leur image largement écornée par des comportements jugés très souvent irrespectueux de leurs engagement pour certains d’entre eux. L’assurance c’est d’abord la SOLIDARITE et la MUTUALITE. Les assureurs devraient être en première ligne dans ce combat en se montrant et non en se cachant, d’autant plus qu’ils pourraient en tirer de substantiels dividendes en terme d’image et donc de plus grande adhésion à leurs produits. Sans jouer sur la peur et le malheur, ils devraient proposer des produits santé, frais d’obsèques, assistance, épargne et montrer qu’ils sont là «dans les coups durs». Leurs populations leur en seront gré.

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